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SERMON pour le 23ème dimanche après la Trinité

Philippiens 3/17-21 ; Matthieu 22/15-22

 

RENDEZ À CÉSAR…

Jean de La Fontaine, dans sa fable intitulée "La grenouille qui se voulait faire aussi grosse que le bœuf", reprend et actualise un texte d'Ésope qui expose le risque et le ridicule qu'il y a à vouloir piéger plus important que soi. À la fin de la fable, la grenouille éclate comme un ballon trop gonflé, à force de s'être elle-même enflée dans le but de parvenir à la taille et à la stature du bœuf. Ce penchant à se prendre pour plus que ce que l'on est réellement, est commun à toutes les époques : à la nôtre, à celle de la Fontaine (17ème Siècle) comme à celle de Jésus-Christ. Les Pharisiens de son temps croyaient ramener à la raison un prédicateur free-lance qui ne faisait pas partie de leur confrérie. Cette concurrence leur semblait dangereuse, autant qu'elle leur était désagréable.

Manifestement, ils ne savaient pas à qui ils avaient affaire… Ils se croyaient des champions de la spiritualité mosaïque, et de ce fait capables de confondre tout contradicteur et de lui ôter l'envie de continuer ou de recommencer, en l'humiliant devant Ses disciples. Mal leur en a pris, car ils n'étaient que de chétives créatures s'attaquant à un personnage beaucoup plus important qu'eux : Dieu le Créateur Lui-même ! En vérité, ils ont été trompés par la modestie et l'humilité de Jésus-Christ (Philippiens 2/7-8) : « il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix ». Et à la fin Il les prend à leur propre piège et retourne la situation à Son profit. C'est pourquoi Paul nous écrit (Romains 12/16) : « Vivez en plein accord les uns avec les autres. N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages ».

 

Voici la scène, telle que Matthieu nous la décrit (Matthieu 22/15 ss.) : "Alors les Pharisiens s'étant retirés, consultèrent ensemble comment ils le surprendraient en paroles". Les Pharisiens se cachent dans l'ombre pour comploter contre Jésus, car ils préfèrent les ténèbres à la lumière : "[Cette] Lumière était la véritable, qui éclaire tout homme venant au monde. Elle était au monde, et le monde a été fait par elle ; mais le monde ne l'a point connue. Il est venu chez soi ; et les siens ne l'ont point reçu ; mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être faits enfants de Dieu, [savoir] à ceux qui croient en son Nom" (Jean 1/9-12).

 

(v. 16) : "… et ils lui envoyèrent leurs disciples, avec des Hérodiens,". Les Pharisiens sont courageux, mais pas téméraires au point de se présenter eux-mêmes devant Notre Seigneur Jésus-Christ. Sentant le risque qu'ils pourraient courir en affrontant Christ, ils lui dépêchent leurs représentants, des seconds-couteaux, en pensant qu'Il ne se méfiera pas d'eux. Et qui sont les Hérodiens ? Ce sont les partisans du roi Hérode, mis en place par les Romains pour contrôler la Judée. En 1940, on les aurait appelés des collabos, toujours prêts à dénoncer les Résistants, les ennemis de l'occupant. Ici, les Hérodiens sont envoyés par les Pharisiens qui les détestent par ailleurs, dans l'espoir qu'ils n'hésiteront pas à rapporter aux autorités romaines tout incident ou déclaration remettant en cause l'occupation romaine.

 

Cette petite troupe vient à Jésus "… en disant : Maître, nous savons que tu es véritable, que tu enseignes la voie de Dieu en vérité, et que tu ne te soucies de personne ; car tu ne regardes point à l'apparence des hommes". Ils tentent d'endormir la vigilance de Jésus en lui passant la brosse à reluire dans le dos. Leur déclaration engage Jésus à la naïveté. Eux qui mentent sans arrêt, comme leur satanique maître, engagent Jésus à leur dire la vérité. Or ils ne savaient pas que Jésus est le Christ, le Messie promis à Abraham et à toute sa descendance, pourquoi chercheraient-ils à Le piéger, sinon pour en tirer un prétexte à condamnation et exécution capitale ? Simplement, leur cœur n'est pas prêt à accueillir leur Messie, car leur orgueil a transformé leur cœur de chair en cœur de pierre. Cependant, les Pharisiens ont peur de faiblir dans leur fierté, puisqu'ils se cachent et envoient des sous-fifres pour les représenter.

 

Et ces sous-fifres sont chargés d'une commission en apparence banale, mais au fond plus grave qu'il n'y paraît. Ils viennent poser une question-piège à Jésus. Cette question, la voici, dans le texte évangélique de Matthieu : "Dis-nous donc ce qu'il te semble de ceci : Est-il permis de payer le tribut à César, ou non ?" (v. 17). La formulation est bizarre ; en effet, payer l'impôt est une obligation légale, même s'il s'agit de l'occupant Romain. Mais là, ils demandent à Jésus si la Loi de Moïse autorise de payer l'impôt à une puissance étrangère. Lisons Jérémie 12/6-7 : "Certainement tes frères mêmes, et la maison de ton père, ceux-là mêmes ont agi perfidement contre toi, eux-mêmes ont crié après toi à plein gosier ; ne les crois point, quoiqu'ils te parlent aimablement. J'ai abandonné ma maison, j'ai quitté mon héritage, ce que mon âme aimait le plus je l'ai livré en la main de ses ennemis.". Oui, Dieu a livré son peuple élu aux ennemis romains d'Israël, parce qu'ils n'écoutaient pas Ses prophètes et les maltraitaient. Depuis l'époque de Jérémie, ils n'ont pas changé.

 

Et c'est ici le piège : La question est fermée et n'admet que OUI ou NON comme réponse. Jésus va-t-il mettre la Loi de Moïse - la Loi de Dieu - au-dessus de la loi romaine, ou non ? S'il le fait en répondant NON, alors son compte est bon : Il se place du côté des Résistants à l'occupant, et il peut être livré au juge Romain qui le condamnera pour rébellion. Les Hérodiens sont là qui veillent au grain. Et si Jésus répond OUI, alors Il se fait collaborateur de l'occupant étranger, l'ennemi de Dieu et du peuple Juif, Son peuple, ce peuple qu'Il est venu sauver de ses péchés en donnant Sa vie pour eux. Il perdrait alors toute autorité sur ce peuple qu'Il aime, Ses apôtres l'abandonneraient à Son sort après L'avoir rejeté, et Son histoire se serait terminée là.

 

Lisons la réponse de Jésus (v.18) : "Et Jésus connaissant leur malice, dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ?". Avec Sa première réponse, Jésus renverse les rôles en répondant à leur question brûlante par une autre question, encore plus brûlante pour eux ! Il les démasque d'entrée, et n'hésite pas à les insulter comme ils le méritent en les traitant d'hypocrites. Toute colère n'est pas condamnable, sauf si elle dure. Jésus est pris ici d'une sainte colère en réaction à leur indignité, car, contrairement aux soldats romains qui le cloueront sur une croix, ils savent très bien ce qu'ils font. Ils se doutent bien que Jésus dispose d'une puissance divine miraculeuse et qu'Il est au bas mot un prophète, au moins égal à tous les prophètes qui L'ont précédé et que les Israélites ont tous massacrés. En Matthieu 23/29-35, Jésus le rappelle très explicitement aux Pharisiens : "Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, car vous bâtissez les tombeaux des Prophètes, et vous réparez les sépulcres des Justes ; et vous dites : Si nous avions été du temps de nos pères, nous n'aurions pas participé avec eux au meurtre des Prophètes. Ainsi vous êtes témoins contre vous-mêmes, que vous êtes les enfants de ceux qui ont fait mourir les Prophètes ; et vous achevez de remplir la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères ! Comment éviterez-vous le supplice de la géhenne ? Car voici, je vous envoie des Prophètes, et des Sages, et des Scribes, vous en tuerez, vous en crucifierez, vous en fouetterez dans vos Synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville. Afin que vienne sur vous tout le sang juste qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste, jusques au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le Temple et l'autel". Et non seulement Christ les insulte, comme pour les préparer à Sa réponse à leur question-piège, mais Il leur prouve qu'ils sont hypocrites en leur faisant dire ce qu'ils ne devaient surtout pas dire.

 

Deuxième question de Jésus (v. 19) : "Montrez-moi la monnaie de tribut". Le tribut est un impôt prélevé par une puissance étrangère - ici, les Romains. De fait, les Romains ne s'embarrassent pas de taux de change compliqués ; ils exigent que le tribut leur soit versé en monnaie impériale romaine. Or, les Pharisiens, qui se vantent partout de leur pureté rituelle, considèrent que la monnaie romaine est impure puisqu'elle porte l'image de César - une idole - et rend impurs tous ceux qui la touchent. Mais la curiosité des ennemis de Jésus les pousse à la faute : "… et ils lui présentèrent un denier". Notez que Jésus ne demande pas "donnez-moi un denier et je vous ferai voir quelque chose" ; Il demande seulement à voir un denier romain. Il n'y touche même pas du bout du doigt. Naïvement, les disciples des Pharisiens en sortent un de leur bourse, ce qui les connote en tant que collaborateurs des Romains et impurs ! Ils sont pris à leur propre piège ! La main dans le sac !

 

Jésus a maintenant le dessus sur Ses opposants, et Il mène la discussion à Son avantage, par étapes successives, en enchaînant les questions ; voici Sa troisième question (v. 20) : "Et il leur dit : De qui est cette image, et cette inscription ?". Il ne s'agit pas d'interprétation tendancieuse, mais d'une simple constatation, devant témoins. "Ils lui répondirent : De César…" (v. 21). Horreur, enfer et damnation ! Les voilà pris en faute, et en flagrant délit ! Il aurait été plus malin de répondre à Jésus : "Nous ne savons pas". Mais ils n'avaient pas l'excuse de l'aveugle Bartimée, que Christ a guéri sur le chemin de Jéricho. Ils n'étaient pas aveugles, et la chose était trop évidente ; elle ne pouvait plus être cachée : ce denier Romain devait leur brûler la main, tel un billet d'entrée pour l'Enfer ! Et pour faire bonne mesure, la vérité sort de leur propre bouche, car devant Dieu, il est impossible de mentir : Il sait tout, voit tout, entend tout. Devant Christ, ils avouent, comme nous avouons chaque soir nos péchés devant Notre Seigneur, en lui demandant de nous pardonner, et en promettant de faire tous nos efforts pour ne plus recommencer.

 

(v. 21) : "… Alors il leur dit : Rendez donc à César les choses qui sont à César, et à Dieu, celles qui sont à Dieu.". Dans les fouilles archéologiques en Égypte, on a retrouvé des bols en terre cuite, gravés de lettres hébraïques primitives. Ce sont des bols utilisés par les Hébreux, durant les quatre Siècles où ils y étaient esclaves des Pharaons. Chacun avait son bol marqué à son nom, comme les bols bretons en faïence de Quimper, encore aujourd'hui. Notez que les Hébreux n'étaient pas analphabètes - tous les garçons lisaient un passage de la Torah pour leur Bar-Mitsvah - et ils étaient donc capables de reconnaître leur nom, inscrit sur un bol. Pareil pour les troupeaux de bovins et d'ovins : tous étaient marqués d'un signe propre à leur propriétaire.

 

Soit dit en passant : de qui portez-vous la marque ? Celle de Christ, par le baptême, ou bien celle de l'Adversaire ? (Apocalypse 7/2-3) : "Puis je vis un autre Ange qui montait du côté de l'Orient, tenant le sceau du Dieu vivant, et il cria à haute voix aux quatre Anges qui avaient eu ordre de nuire à la terre, et à la mer, [et leur] dit : Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons marqué les serviteurs de notre Dieu sur leurs fronts"… Vous demandez-vous pourquoi lors du baptême, le baptisé est marqué d'un signe de croix sur son front ? C'est juste une application de la Parole de Dieu, même si toutes les Églises ne le font pas. En revanche, ceux qui ont la marque de la bête l'ont reçue volontairement (Apocalypse 13/16) : "… tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, prenaient une marque en leur main droite, ou en leurs fronts" ; mais plus loin, je lis "… un ulcère malin et dangereux attaqua les hommes qui avaient la marque de la bête, et ceux qui adoraient son image" (Apocalypse 16/2) ; "Mais la bête fut prise, et avec elle le faux-prophète qui avait fait devant elle les prodiges par lesquels il avait séduit ceux qui avaient la marque de la bête, et qui avaient adoré son image ; et ils furent tous deux jetés tout vifs dans l'étang ardent de feu et de soufre" (Apocalypse 19/20). Avouez qu'il y a de quoi frémir… mieux vaut craindre Dieu que le diable ! "Le commencement de la sagesse est la crainte de l’Éternel", dit le roi Salomon (Proverbes 9/10).

 

Mais revenons à notre texte de l'Évangile de Matthieu (v.21-22) : "Alors il leur dit : Rendez donc à César les choses qui sont à César, et à Dieu, celles qui sont à Dieu. Et ayant entendu cela ils en furent étonnés…". La simplicité raisonnable de la réponse franche et directe de Jésus exposant une vérité vérifiable et vérifiée surprend les esprits tordus qui voulaient entortiller Christ et lui tendre un piège mortel. La franchise et la clarté ne sont pas dans leurs habitudes, au point qu'ils n'osent pas répondre. Ils sont embobinés dans leur propre piège. En effet, s'ils répondent d'eux-mêmes, ils risquent le même sort que celui qu'ils voulaient faire subir à Jésus-Christ : la mort. Rappelons qu'ils ne sont que des envoyés des Pharisiens. Ils ne maîtrisent pas toute leur science. Ils préfèrent donc se taire plutôt que d'aggraver leur cas, et retourner vers leurs maîtres, pour les consulter sur la bonne réponse à donner à Christ. Les Pharisiens ont dû regretter de ne pas avoir eu le courage d'y aller eux-mêmes ; sans doute auraient-ils eu plus de répartie que leurs disciples. Mais l'heure pour Christ de mourir sur la croix n'était pas encore arrivée…

 

C'est pourquoi, "… le laissant, ils s'en allèrent." (v. 22). Faute d'instructions précises quant à la réaction qu'ils auraient dû avoir en pareille situation, ils abandonnent le terrain et la lutte, comme Satan après la Tentation de Jésus au désert : "Jésus lui dit : Va Satan : car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Alors le diable le laissa, et voilà, les Anges s'approchèrent, et le servirent" (Matthieu 4/10-11).

 

Mes amis, nous qui avons été marqués du sceau de l'Éternel à notre baptême et instruits dans la Bible, nous savons comment répondre à Satan par la Parole de Dieu. Nous lui répondons comme Jésus Lui-même : " Va Satan : car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul". Est-ce bien ainsi que vous faites ?                                              

 

Tr. Rév. Yves Méra, AOC France

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